Huayna Potosi 10 - Albert Pascal et moi1

Amérique du Sud,Bolivie,Le coin de Maud

6088 metres de joie, de peur et de pleurs…

4 Avr , 2017  

La plus plus haute ascension que j’avais faite : le Mont Kenya à 4985 m d’altitude mais cela ne me suffisait pas, je devais aller plus haut. Je me trouvais en Bolivie et avais quelques jours avant de rejoindre une amie au Pérou. J’avais vu qu’il était possible de faire l’ascension du Huayna Potosi avec un point culminant à 6088m, oui exactement pas un mètre de moins ou de plus, en trois jours. Parfait !

Je me lançais donc un nouveau défi, grimper en haut de son sommet tout en sachant bien que j’avais le vertige. On dit bien qu’il faut affronter ses peurs, c’est exactement ce que je m’apprêtais à faire !

La veille du depart, j’avais essayé tout l’équipement nécessaire pour ces trois jours : crampons, casques, chaussures d’alpinisme, gants, manteau… J’étais prête à
affronter cette montagne. Nous nous donnons donc rendez vous le lendemain dans la même agence pour prendre la direction du premier campement. Je rencontre Edwige et Sylvain, un couple de jeunes mariés Huayna Potosi 1 - En chemin vers le departFrançais venu passer leur lune de miel en Bolivie. J’adore l’idée, et ça change vraiment de la plage !
Nous finissons de préparer nos sacs et prenons la route en mini-van. J’en profite pour dormir un peu, la nuit précédente n’avait pas été très longue. Nous faisons quelques stops pour faire nos derniers achats : piles pour les lampes frontales, cachets anti-mal des montagnes et quelques snacks. Nous roulons pendant deux bonnes heures avant d’arriver au premier campement. Il est deja 12h, nous déjeunerons avec notre guide Williams qui connait quelques mots de Français. Toujours drôle quand on est loin de la maison ! Nous croisons des personnes partant faire l’ascension ce jour, nous debriefons de leur première impression sur la glace. Ils ont fait leur acclimatation hier. Ça à l’air d’aller !

 

Huayna Potosi 2 - Entrainement

Apres un repas copieux, nous enfilons notre équipement et partons pour notre entrainement sur le bas du glacier. 45 minutes de marche et nous voilà face à cet immense mur de glace. Il ne fait pas très beau du coup on ne pas trop voir au loin…
Nous apprenons le « pas français » (« el paso frances » en espagnol) pour marcher sur la glace.
Pour ceux et celles qui ne connaissent pas : c’est un pas pour monter en alpinisme. Il faut se mettre parallèle à la montagne, avec le pied qui n’est pas directement sur la paroi, tu fais un pas croisé et ramène celui qui est sur la paroi à côté du pied que tu as déplacé en premier. Ça à l’air compliqué mais en fait c’est tout simple… Puis nous avons également appris à descendre sans Huayna Potosi 3 - Williams le guideavoir un balai dans les fesses. C’est pas evident surtout quand la paroi est à 45 degrés d’inclinaison. Et enfin la pire des épreuves pour moi: l’escalade sur une paroi à quasiment 90 degrés… haut de 20/30 mètres. Avec mon vertige, je ne faisais pas la fière. Tout le monde m’entendait même d’en bas dans la vallée !
Remise de mes émotions, nous sommes tous rentrés au refuge, un petit goûter et une petite sieste, il était déjà l’heure de diner. Ha la montagne c’est ca aussi !
Demain nous partirons aux alentours de midi car il faut bien dormir et s’acclimater. Nous sommes à 4900 metres d’altitude et demain soir nous dormirons à 5200 metres : « ce sera difficile de dormir », nous annonce Williams. Au moins on est prévenu !
Huayna Potosi 6 - Altitude 4965Une nuit relativement correcte. Je suis contente et prête à faire l’ascension de quelques heures jusqu’au deuxièmement refuge. Nous nous levons tranquillement, prenons notre petit déjeuner, discutons, jouons aux cartes. Nous déjeunons, bien copieusement encore une fois, partons pour deux heures de marche avec nos 15 kilos d’équipement. 15 kilos à porter au niveau de la mer, pas de problème je transportais mon sac depuis quasiment deux ans. Mais imagine à 5000 mètres d’altitude, c’est toute une autre histoire… Chaque pas demande deux fois plus d’énergie mais bizarrement j’arrive en pleine forme.

Huayna Potosi 5 - Vue Huyana PotosiJe suis super contente et super excitée de me dire que demain nous serons tout la haut. Encore une fois, nous arrivons et mangeons : c’est l’heure du goûter. Comme nous sommes en altitude, notre corps dépense beaucoup plus d’énergie et il faut le nourrir pour avancer.Je ne m’en plain pas au contraire.
Dans notre groupe, nous ont rejoint 4 autres personnes : Albert, un Français alpiniste expérimenté d’une cinquantaine d’années, Nathalie, une Allemande d’une quarantaine d’années aimant la marche, Emliy, une autre Allemande d’une trentaine d’années qui devait faire un autre trek mais qui s’est rabattue sur celui-ci (ça pourrait être pire) et Pascal, un Français voyageur comme moi qui a tout quitté pour voyager dans le monde. Il y a une très bonne ambiance dans notre équipe. Nous parlons de voyages autour du thé et de jeux de cartes. Puis le diner arrive vite, nous devons nous coucher à Huayna Potosi 7 - 5130 metres18h, on se lèvera à 23h.
Nuit agitée pour tout le monde, je crois que je me suis levée trois ou quatre fois pour aller aux toilettes… J’hésitais entre rester sous ma couette ou sortir dans le froid, mais les envies se faisaient trop pressantes ! Il est deja 23h, j’ai l’impression d’avoir dormi seulement trois heures. Je me prépare, petit déjeune sans réelle faim mais il faut de l’énergie, on a au moins 8h de marche donc 6 d’ascension. On est mal barré !
Nous nous lançons dans le noir sur les rochers avant de rejoindre le debut du glacier il n’est qu’une heure du matin. Nous nous encordons à trois : un nouveau guide, Pascal et moi. C’est parti !

Nous commençons bien et parlons même, je suis relativement en forme, l’altitude ne me fait pas mal au crâne, ne m’essouffle pas. Au bout d’une heure nous avons notre rythme, nous voyons devant et derrière des petites lumières. Nous ressemblons à des lucioles dans la nuit, à la seule différence nous sommes à plus de 5500 mètres d’altitude. Nous arrivons sur une partie assez technique, on nous avait prévenu ! Je me retrouve face à un mur de 90 degrés de pente, non pas sur 10 mètres mais bien sur 40… Huayna Potosi 4 - MurEn ayant le vertige, je ne faisais pas la maligne dès mon premier coup de piolet. Surtout quand j’entendais le guide : « vamos, vamos hay gente, hay gente ! » Tu l’as compris comme il y avait un monde de fou, impossible de faire une pause. Des larmes coulaient le long de mon visage mais une seule option lever le piolet comme on me l’avait apris l’avant veille. « Tu vas y arriver, tu vas y arriver. » je me disais intérieurement. Et ça fonctionne! Rassure toi, j’ai bien exprimer ma peur arrivée en haut en élevant la voix avec mon guide. « Oui j’ai le vertige, plus tu me stresses moins j’avance… » C’était clair comme ça. En même temps, ce n’était pas lui qui m’avait fait la formation avec les crampons il ne pouvait pas savoir. Je reprends mes esprits et nous avançons.

Huayna Potosi 8 - La plageLa partie la plus ennuyante arriva, du plat, un pas devant l’autre toujours dans la nuit, sans rien voir que les pieds de la personne devant toi. J’ai failli m’endormir en marchant, tout comme Pascal et Albert, qui nous avait rejoins car nous avions le même rythme.
Nous voila en bas de la crête de cette montagne. Cette partie ne s’annonce pas du tout facile, au moins nous ne nous ennuyerons pas… C’est le cas de le dire ! Nous ne faisons plus de la marche sur glacier mais bien de l’escalade, le tout encordés. Je ne suis encore une fois pas rassurée du tout ! J’ai envie de redescendre mais je ne peux pas je suis avec trois autres personnes, je dois continuer et Huayna Potosi 9 - Tout en hautavancer… Je ne peux pas laisser tomber comme ça. Je n’y pense pas, j’essaye de me concentrer sur mes pas et nous arrivons enfin tout en haut. Quand je dis tout en haut je dis bien à 6088 m sur un metre carré de neige. Et notre guide à la bonne idée de nous faire une blague : « je tombe, je tombe ! » Je ne rigolais pas mais pas du tout…

Je m’arrête et regarde ce que j’ai autour de moi, une nouvelle fois j’ai les larmes aux yeux, nous l’avons fait comme une vrai équipe ! Et le cadeau ultime, le lever du soleil rien que pour nous. Malheureusement, il est déjà l’heure de redescendre. Une soupe nous attend au premier refuge.
Nous devons redescendre tout ce que nous avons vaillamment monté, je ne suis pas vraiment sûre de pouvoir le faire… « Ne regarde pas en bas, ne regarde pas en bas ! » Après quelques heures de marche nous arrivons de nouveau au mur de glace qui m’avait tant fait peur. Je suis bloquée, je ne peux plus bouger ! Mes larmes apparaissent de nouveau, je ne peux pas descendre. Notre merveilleux guide a bien compris la situation cette fois-ci et me fera descendre en rappelHuayna Potosi 11 - Lever du soleil

Nous traversons ce que notre guide appelait « la plage ». Je comprends mieux maintenant ce que cela signifie. Une grande étendue de glace telle une plage de sable blanc.
Une heure plus tard et une soupe avalée au campement, nous redescendons au point de depart heureux de ce que nous avons accompli. Même si tout le monde n’a pas pu faire l’ascension, nous avons passé trois jours superbes, une experience à jamais gravée dans ma memoire !

Toi aussi tu as envie de te lancer dans ce super challenge, n’hesite pas a me faire un petit mail, je te repondrai avec grand plaisir : worldwildrunneuze@gmail.com

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